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« Civilisées », un film de Randa Chahal Sabbag

30 juin 2000
 

Civilisées de R. Chahal SabbagAvec sa liberté de réflexion et d’expression, le film va à l’encontre des représentations officielles de la guerre civile et a valu à son auteur quelques sérieux ennuis en son pays. Le film se passe durant l’année 1980, dans le Beyrouth dévasté et déchiré qu’elle a filmé pendant treize ans. Selon la sûreté générale libanaise, qui voulait en censurer quarante-sept minutes (sur une durée de quatre-vingt-dix-sept), Civilisées serait attentatoire à l’islam, pornographique et ordurier… Un jugement couperet qui, dans le climat de mise au pas des intellectuels et des artistes (affaires Marcel Khalife, Maurice Béjart…), isolait et exposait la réalisatrice autant à des poursuites judiciaires qu’à d’éventuelles représailles. Le film aurait dû sortir sur les écrans en décembre 1999. Après de difficiles négociations et ayant accepté de bloquer le film pour en retirer quatre dialogues, Civilisées est finalement sorti en France le 26 avril.

Un article de Marina Da Silva paru dans Le Monde Diplomatique en mai 2000:

Le Liban et la Censure

CIVILISÉES aurait dû sortir sur les écrans en décembre 1999. C’est le troisième film de fiction de Randa Chahal Sabbag, qui a aussi plusieurs documentaires à son actif, parmi lesquels Nos guerres imprudentes (1995), un passionnant portrait de sa propre famille durant la guerre civile libanaise. Ici, elle fait revivre quelques semaines de cette guerre, durant l’année 1980, dans le Beyrouth dévasté et déchiré qu’elle a filmé pendant treize ans.

Elle s’est intéressée au personnel de maison, Sri-Lankais, Philippins, Egyptiens, mais aussi Libanais pauvres, exploités par milliers pour servir une bourgeoisie partie se réfugier en Europe et les ayant abandonnés à leur funeste sort. A des personnages emblématiques, un jeune combattant musulman et une servante chrétienne tombés amoureux, une riche bourgeoise (interprétée par l’éclatante Jalila Baccar) revenue de France retrouver son amant, deux jeunes femmes pauvres qui fuient leur solitude en s’aimant.

Le film, servi par une musique originale de Zyad Rahbani, oscille sans cesse entre documentaire et fiction. La réalisatrice y montre les francs-tireurs qui contrôlaient les immeubles, les rues, les quartiers et dictaient leur loi. Elle témoigne que les enfants étaient utilisés dans les combats et envoyés au front. Parle des otages qui ne sont pas seulement ceux que l’on croit. En l’occurrence, deux soldats syriens enlevés par un homme dont le fils a été lui même enlevé et qui est en train d’en devenir fou. « Tous les Libanais sont fous » , jette une jeune domestique sri-lankaise à l’écran. Et les séquences d’illustration sur la folie de cette guerre ne manquent pas…

Mais la réalisatrice s’est refusée à camper les libanais en victimes ou en héros. En enchevêtrant histoires individuelles et situations collectives, comme si elle hésitait entre les écarts de l’imagination et la restitution rigoureuse des faits, elle a laissé libre et ouvert le champ de la réflexion sur la guerre.

Autant que les images, les dialogues du film dérangent et secouent. Randa Chahal a opté pour un langage âpre où le sexe est invoqué en permanence, où la religion est blasphémée, où le machisme et la puissance que confèrent les armes sont assenés. Elle montre sans complaisance que la guerre a été faite de l’intérieur, par les Libanais eux-mêmes, qui ont tué, torturé, enlevé, qui étaient tous responsables, et cela quel que soit le camp politique ou confessionnel auquel ils appartenaient.

Lorsqu’elle fait dire à une jeune femme : « On a perdu Jérusalem, la Palestine, l’Egypte à la mort de Nasser et maintenant le Liban. Que nous restera-t-il ? Les putes du pétrole… » , elle indique aussi que la guerre libanaise n’était pas seulement locale mais avait pour objet de déstabiliser le Proche-Orient.

Avec sa liberté de réflexion et d’expression, le film va à l’encontre des représentations officielles de la guerre civile et a valu à son auteur quelques sérieux ennuis en son pays. Selon la sûreté générale libanaise, qui voulait en censurer quarante-sept minutes (sur une durée de quatre-vingt-dix-sept), Civilisées serait attentatoire à l’islam, pornographique et ordurier… Un jugement couperet qui, dans le climat de mise au pas des intellectuels et des artistes (affaires Marcel Khalife, Béjart…), isolait et exposait la réalisatrice autant à des poursuites judiciaires qu’à d’éventuelles représailles. Après de difficiles négociations et ayant accepté de bloquer le film pour en retirer quatre dialogues, Civilisées est sorti en France le 26 avril.

Il n’est pas dit que cela suffise à apaiser la censure libanaise.

Marina Da Silva

 

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